Une "nouvelle" de couleur rose*...

18/02/2022

En octobre, j'ai un flash...la gynéco me répète chaque année de me palper les seins. Je m'y mets et je ressens quelque chose de "différent". Je suis couchée dans mon lit et les larmes me montent spontanément aux yeux. Je pense de panique. Je m'imagine les pires scènes: je me dis que si quelque chose cloche, comment est-ce que je vais m'occuper de mes filles. Elles souffrent déjà d'un divorce compliqué...si leur maman est malade....non, ce n'est pas possible. Avec le recul, j'ai compris qu'il est vraiment important d'écouter son intuition. Celle-ci est vrai de vrai. Je vous assure. (de plus j'ai suivi un week-end de stage sur l'intuition au mois de décembre....la fille (= moi) qui aime s'informer et se former et qui oublie de mettre en pratique 😕).

Je laisse passer les semaines, car j'ai assez d'éléments à gérer. Décembre, une collègue-amie me prend en confidence et pense avoir une anomalie au niveau du sein. Pour elle aussi, les semaines défilent dans l'angoisse de l'attente des résultats. Le verdict tombe, elle se fait opérer en janvier. Mon angoisse d'octobre remonte et là je décide de faire la 2° mammographie de ma vie.....je vous rappelle, je n'ai que 43 ans.

Tout s'enchaine:

L'adorable infirmière bienveillante me glisse doucement à l'oreille que le sein gauche est plus dense et m'explique comment m'installer dans cette machine, pas spécialement confortable.

Je passe chez le docteur pour l'échographie, juste après. Avant l'échographie, il a l'amabilité de me faire comprendre qu'il y a des calcifications et que d'office un nouveau rdv devra être programmé dans 6 mois. A peine quelques minutes plus tard, après l'échographie, il m'informe qu'une biopsie serait souhaitable. Déjà mon cerveau tourne à plein régime...que veut-il dire? Qu'il me dise direct ce qu'il pense? "Votre gynéco fera le suivi" et me voilà rentrer chez moi dans le flou total. Une première période d'attente (une toute première d'une longue liste): 3 jours d'attente avant que je ne vois la gynéco. La première fois que je la rencontre (et oui il y a beaucoup de première fois dans cette histoire), car j'ai décidé de changer pour faire moins de trajet. On se rencontre et elle me demande ce que j'attends d'elle. Je lui explique la mammo et l'écho. Elle part chercher les résultats à l'accueil du centre. D'emblée, elle revient et m'informe que ce n'est pas bon...du tout. "Enchantée, madame la gynéco, ravie d'avoir fait votre connaissance". Premières larmes qui coulent.

Le jour-même, la gynéco me prend rdv à Jules Bordet, l'hôpital de référence en Belgique pour les cancers. Gloupssss! Je ne me sens pas très bien, pas très fière, toute petite (même si je suis déjà la puce et la petite dernière de la famille). Je suis obligée d'informer mon travail que je ne travaillerai pas aujourd'hui..."Madame, à partir d'aujourd'hui votre boulot passe au deuxième plan", dixitent la gynéco et la chirurgienne. "Vous êtes certaines?"

En arrivant dans le nouveau bâtiment de Bordet, je suis impressionnée par la grandeur, la luminosité...et la bienveillance sans faille du personnel. Je ne m'y attendais absolument pas, croyant que c'était une très grosse "usine", où on n'y soigne les cancers à la "chaine".

La chirurgienne m'annonce d'emblée que l'anomalie est belle et bien un cancer...pas besoin d'une analyse approfondie. Deuxième larmes qui coulent....qui par la suite ne cesseront de couler le reste de l'après-midi.

Après le rdv, je me dirige vers l'accueil du service afin que Brigitte (et oui, directement, quand le courant passe, on se sent à l'aise) puisse m'établir tous les examens prescrits par la chirurgienne, afin d'exclure ce qui est à exclure et de pouvoir définir le traitement nécessaire. La planification est un peu longue et donc Brigitte me propose de l'envoyer par E-mail....attente tout le week-end, jusque lundi.

Mon frérot vient me chercher en voiture et traverse toute la ville. Pendant ce temps-là, les larmes coulent dans le hall de l'hôpital en échangeant, via le téléphone, avec mes 2 sœurs et ma collègue-amie. Je ne sais plus comment je m'appelle, je suis là "toute seule" dans le hall.

Le soir, je passe la soirée chez ma toute bonne amie. La soirée était déjà prévue depuis bien longtemps. Je ne crois pas/plus au hasard. Ce souper tombait au bon moment. En lui racontant la journée, j'avais l'impression que je racontais l'histoire de quelqu'un d'autre. Je me demandais si je m'étais vraiment rendue à Bordet, si j'avais vraiment entendu ce que j'avais entendu...eh oui, mon frérot était venue me chercher à Bordet et pouvait donc confirmer que la journée était réelle.

Aujourd'hui j'ai réalisé une chose: quand les larmes doivent couler, elles coulent. Depuis le divorce, je m'étais souvent dit : Le choix du divorce n'était pas facile, mais plus que nécessaire et depuis mon annonce, les larmes n'ont quasi pas coulé, malgré la meilleur volonté du monde. Je m'étais souvent dit: "Vas-y, pleure, cela te fera du bien"...en vain.

Aujourd'hui je n'ai pas eu besoin de "contrôler" les larmes. Quand un évènement ou un choix est juste, les larmes n'ont pas besoin de couler. Quand un évènement ou choix est injuste, le corps réagit humainement et fait couler les larmes spontanément. Je suis rassurée, je ressens encore des émotions 😉. Je pensais m'être trop endurcie.

Semaine et journée surréalistes...je ne sais pas ce qui m'arrive, je plane, ce n'est pas mon histoire.


* Rose représente la couleur de la campagne belge de la lutte contre le cancer (Think Pink)